La Dépression est-elle réelle?
- Farah Valmont
- 4 nov. 2025
- 3 min de lecture
La dépression, souvent qualifiée de « mal du siècle », continue de gagner du terrain à l’échelle mondiale. L’Organisation mondiale de la santé (OMS) estime que plus de 280 millions de personnes en souffrent, faisant de ce trouble de l’humeur la première cause d’incapacité dans le monde. En Haïti, les chiffres précis manquent, mais la Direction de la santé mentale du MSPP estime qu’un Haïtien sur cinq présenterait des symptômes dépressifs. Au-delà de la souffrance individuelle, la dépression a un coût collectif élevé. Elle entraîne une perte massive de productivité et pèse sur les systèmes de santé. Selon l’OMS, près de 700 000 personnes se suicident chaque année dans le monde, et dans la majorité des cas, la dépression en est la cause sous-jacente.
Une origine ancienne et une reconnaissance tardive:
Le mot dépression tire son origine du latin deprimere, signifiant « abaisser » ou « presser vers le bas ». Dès l’Antiquité, Hippocrate évoquait déjà la mélancolie, une affection qu’il attribuait à un excès de « bile noire » dans l’organisme. Au fil des siècles, la perception de ce trouble a évolué. Au Moyen Âge, on y voyait souvent une faiblesse spirituelle ou morale. Ce n’est qu’au XIXe siècle, avec les progrès de la médecine et de la psychiatrie, que la dépression est devenue un objet d’étude clinique. Le XXe siècle a marqué un tournant : les découvertes en psychanalyse et en neurosciences ont permis de reconnaître la dépression comme une maladie à part entière, liée à des causes biologiques, psychologiques et sociales.
Des critères diagnostiques précis:

Selon le DSM-5, le manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux, un épisode dépressif majeur se caractérise par la présence, pendant au moins deux semaines, de cinq symptômes ou plus parmi : humeur dépressive persistante, perte d’intérêt, troubles du sommeil, fatigue, culpabilité excessive, difficultés de concentration, modifications de l’appétit ou pensées suicidaires.
Ces critères permettent de distinguer une véritable dépression d’une simple tristesse passagère.
Ce qui se passe dans le cerveau!*
Les chercheurs ont découvert que la dépression est souvent liée à un déséquilibre chimique dans le cerveau, notamment au niveau de la sérotonine et de la dopamine — ces fameuses « hormones du bonheur ». Mais il n’y a pas que la biologie : les blessures de la vie, les pertes, les ruptures, le stress chronique ou la solitude peuvent tous contribuer à l’épuisement mental.
Un mal aux multiples visages:
La dépression ne se résume pas à une baisse de moral. Elle s’exprime à travers :
Des symptômes psychologiques : sentiment d’impuissance, anxiété, perte de confiance en soi, isolement.
Des manifestations physiques : douleurs inexpliquées, troubles digestifs, ralentissement psychomoteur.
Des comportements altérés : désintérêt social, baisse de productivité, irritabilité ou repli sur soi.
Ses causes sont multiples : déséquilibre chimique du cerveau, prédisposition génétique, traumatismes, précarité économique, ou encore solitude affective.
Des traitements efficaces mais sous-utilisés:
La bonne nouvelle, c’est que la dépression se soigne.Les approches les plus efficaces reposent sur une combinaison de :
Psychothérapie, notamment la thérapie cognitivo-comportementale (TCC), qui aide à restructurer les pensées négatives.
Traitements médicamenteux, avec les antidépresseurs qui rétablissent l’équilibre des neurotransmetteurs.
Changements de mode de vie : activité physique régulière, alimentation équilibrée, sommeil réparateur, méditation.
Le soutien social joue également un rôle crucial. Parler, rompre l’isolement, se sentir écouté et compris sont des leviers puissants dans le processus de guérison.
Prévenir plutôt que guérir

La prévention repose sur plusieurs axes :
Sensibiliser la population pour briser les tabous autour de la maladie mentale.
Former les enseignants, les médecins et les leaders communautaires à repérer les signes précoces.
Renforcer les politiques publiques de santé mentale et rendre les soins accessibles à tous.
Pratiquer la gratitude, cultiver les liens sociaux et reconnaître ses limites émotionnelles sont autant de gestes simples pour préserver l’équilibre mental.
Vers un changement de regard:
"La lutte contre la dépression passe avant tout par un changement de perception. "
VOTRE ATTENTION JE VOUS PRIE!
-Dans de nombreuses cultures, dont la société haïtienne, la souffrance psychologique est encore perçue comme une faiblesse ou une punition divine. Or, la dépression n’est ni un choix ni un manque de foi : c’est une maladie qui mérite compassion et traitement.
Renforcer les services de santé mentale, encourager la recherche et intégrer le bien-être psychologique dans les politiques publiques sont autant de pas indispensables vers un avenir plus sain et plus humain.
Sources :
Organisation mondiale de la santé (OMS), Rapport mondial sur la santé mentale, 2022.
American Psychiatric Association, DSM-5, 2013.
Ministère de la Santé publique et de la Population (MSPP, Haïti), Rapport sur la santé mentale, 2021.
Harvard Health Publishing, Understanding Depression, 2020.
World Federation for Mental Health, Global Mental Health Reports, 2023.










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